Ce qu’il faut retenir :
- Deux nouveautés issues du PLFSS 2026 attendent des décrets : le réseau France Santé et le praticien territorial
- Le dispositif Un Médecin près de chez vous se met en place
- Les Docteurs Juniors arrivent en novembre
- L’accès aux soins devrait s’améliorer mais peut-être pas immédiatement
C’est en tout cas le pari du gouvernement qui, dans la dernière LFSS, a acté la création du réseau France Santé et prévu un nouveau contrat pour encourager l’engagement territorial des médecins. Alors que va être mise en œuvre la réforme de la 4ème année de médecine générale avec les Docteurs Juniors, à quoi peut-on s’attendre en 2026 sur le terrain en matière d’accès aux soins ?
Réseau France Santé : un dispositif renvoyé aux négociations conventionnelles
Ce réseau, voulu par le premier Ministre dès son entrée en fonction, a pour objet de permettre à chaque habitant du territoire un accès aux soins en 48h à moins de 30 mn de son lieu de vie. Le label France Santé a d’ores et déjà été déployé à l’automne par les Agences régionales de santé sur la base de quatre critères :
– la présence garantie d’une infirmière et d’un médecin
– des consultations sans dépassement
– une ouverture a minima 5 jours par semaine
– la participation au SAS pour des rendez-vous sur 48h.
Avec un objectif de 2000 maisons France Santé et 130 millions d’euros prévus en 2026, la participation pourrait atteindre 50 K€ par structure. Toutefois le cadre n’a été fixé que très imparfaitement par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) promulguée le 31 décembre dernier. Surtout, suite à des débats assez vifs à l’Assemblée nationale et la mobilisation de professionnels de santé, le texte renvoie aux négociations conventionnelles (MSP et CPTS) pour définir les participations et les rémunérations des structures du réseau. Aussi faut-il attendre le début de ces échanges, prévu en mars, pour y voir plus clair. Un enjeu d’importance puisque 5000 maisons France Santé ont été promises pour 2027.
Un nouveau contrat pour l’exercice en zone sous dense
Autre nouveauté de la LFSS 2026, la création du statut de praticien territorial de médecine ambulatoire (PTMA). Ce statut est réservé aux médecins non installés ou installés depuis moins d’un an. Il a vocation à inciter à l’exercice en zone sous-dense pendant deux ans, à tarifs opposables. Ce nouveau statut implique de participer aux actions d’accès aux soins définies par l’ARS et de participer à l’enseignement. Il est mis en place par signature d’un contrat, renouvelable une fois, qui ouvre droit à une rémunération d’une partie des activités, ne pouvant être supérieur à 10% de l’ensemble des revenus. Les modalités de mise en œuvre sont soumises à un décret en Conseil d’Etat.
Arrivée des Docteurs Junior en novembre : 3700 praticiens attendus
La réforme de la formation des médecins généralistes mise en œuvre depuis l’année universitaire 2020-2021 prévoit une quatrième année d’études. Cette année supplémentaire, réalisée après soutenance de la thèse, se déroule sous la forme d’un exercice supervisé par un médecin. Le Docteur Junior, c’est le nouveau nom donné à ces praticiens novices, peut exercer soit en cabinet, soit en établissement de santé, centre ou maison de santé. L’Agence régionale de santé va affecter les Docteurs Juniors en prenant en compte la nécessité de favoriser l’accès aux soins, la capacité d’accueil des structures de stage et les choix des étudiants.Toute la profession doit donc se préparer à ce nouveau dispositif qui concerne 3700 futurs médecins actuellement en 3ème année. Compte tenu des financements alloués pour sa mise en œuvre, il y a clairement une volonté de privilégier l’exercice supervisé en zone sous-dense. D’autant que le pari que font les pouvoirs publics est que ces jeunes médecins s’installent ensuite dans ces territoires.
« Un médecin près de chez vous » : mise en place en cours
Ce dispositif lancé, comme le réseau France Santé, à l’automne 2025, vise 151 territoires dits « fragiles » où la problématique de l’accès aux soins est particulièrement criante. Il est basé sur le volontariat de médecins qui acceptent d’aller pratiquer un ou plusieurs jours par semaine dans des centres de santé crées principalement par les communes en lien avec les préfectures. Le dispositif est financé par l’ARS. Selon les territoires, le système s’organise de façon différente. Par exemple, dans l’Orne c’est le Médicobus qui prend en charge le dispositif et les rendez-vous sont pris directement par la secrétaire. A Castillonnès dans le Lot et Garonne, la prise de rendez-vous se fait via la plateforme nationale. En Haute-Corse, c’est un centre de santé qui a ouvert ses portes à Linguizzetta, commune de 1000 habitants pour mettre en œuvre le programme. Le Dr Rovère assure les rendez-vous une fois par semaine en s’appuyant sur Maiia Médecin « avec l’agenda, je sais à l’avance qui vient, et j’utilise Maiia pendant toute la consultation y compris la télétransmission ». Celui qui a repris du service « par solidarité » est« très content de participer à ce dispositif, expérience collective, intéressante et agréable ».
Bon à savoir : les médecins volontaires du dispositifs « Un médecin près de chez vous » perçoivent en plus des rémunérations des consultations, un forfait de 200 € par jour.
La question clé : comment faire vivre tous ces dispositifs de façon efficiente ?
Au final, tous ces dispositifs visent le même objectif en matière d’accès aux soins. Toutefois, leur réussite dépend de multiples facteurs : les négociations conventionnelles pour le Réseau France Santé, le décret d’application pour le praticien territorial, la mobilisation des praticiens pour « Un médecin près de chez vous » et Docteur Junior. Beaucoup de conditions donc, dont on espère qu’elles ne vont pas à l’encontre des objectifs en démobilisant les médecins jeunes ou plus anciens.