Ce qu’il faut retenir :
- Le numérique en santé se développe uniquement s’il fluidifie les usages
- L’IA suit le même chemin
- L’accès à une plateforme de fonctionnalités personnalisable est le meilleur moyen d’utiliser de façon adaptée le digital
- La priorité reste la pratique, la relation patient/soignant et le sens
Le degré d’adaptation à la pratique détermine l’adoption du numérique en santé. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les quatre intervenants de l’atelier « Médecine « augmentée » : l’exigence des usages ! » organisé lors de la journée 2026 des Grandes tendances de la e-santé et soutenu par Maiia. Des échanges stimulants entre un représentant du ministère de la santé, un éditeur et deux médecins sur la vérité des usages et du terrain versus les grandes théories : morceaux choisis.
Le numérique en santé n’est plus une option. Dixit le Dr Yann-Maël Le Douarin, conseiller médical de la Direction générale des soins (DGOS) qui constate que ces technologies « touchent l’intégralité du quotidien, du plateau technique à l’activité de soins, en passant par l’administratif ». C’est d’ailleurs ce qui ressort de la cartographie des usages publiée par le ministère de la Santé : le digital est partout, en établissement de santé, dans le médico-social ou au cabinet et il continue de se déployer. Pour le représentant de la DGOS, pour que cette évolution se poursuive dans de bonnes conditions, trois enjeux se dessinent : l’accès et l’interopérabilité des données, l’impact sur l’organisation et l’attractivité des métiers, l’évolution des pratiques de soins. Et parce qu’il reste avant tout médecin, il prône un numérique qui permette de réinvestir le soin et le sens.
Faciliter la vie ou rien !
Sur le terrain, les préoccupations sont pragmatiques. « Le numérique doit nous aider, pas nous mettre des bâtons dans les roues, si tout était clé en main, tous les MG iraient » : le Dr Nadia Simon résume parfaitement la situation dans les cabinets de ville. Car au quotidien, le juge de paix est l’efficacité. « Si ce n’est pas pertinent pour la consultation, ou l’activité, on ne le fait pas », précise-t-elle. Elle donne l’exemple du DMP pour illustrer la nécessité d’avoir des outils numériques efficaces : « c’est la bonne idée qui ne se concrétise pas, on a une masse de données qu’on n’arrive pas à trier ! ». Ce besoin de solutions efficaces est confirmé par le Dr Eric Fromentin, médecin allergologue. « Je compte le nombre de clics » dit-il en souriant, « car ma priorité c’est le patient ». Car le développement des outils au fil du temps a conduit à multiplier les clics justement. « On a atteint le pinacle du nombre de briques » constate ainsi le Dr Nemanja Milenkovic, directeur médical de Cegedim Santé. D’où la sensation qu’ont parfois les médecins d’un trop plein. C’est pourquoi, le rôle de l’éditeur est de « comprendre et de rendre cohérent tout cela. » L’objectif final est d’éviter tous les irritants comme les doubles saisies, les allers-retours entre plusieurs écrans ou logiciels. « Tout notre travail est d’organiser toutes ces briques pour proposer aux médecins une solution qui permet un accès simple et efficace à toutes les fonctionnalités du quotidien. » Seule façon selon lui de faire du numérique un allié et non une contrainte.
Et l’intelligence artificielle dans tout ça ?
Comme un médecin sur deux, le Dr Simon et le Dr Fromentin ont déjà testé l’intelligence artificielle (IA) sans être complétement convaincus. Car justement, il n’y a pas encore, contrairement aux outils numériques existants, de cas d’usages qui émergent. Pour le Dr Fromentin, l’IA idéale est celle « avec qui je peux interagir, qui me laisse du temps pour discuter avec mon patient, pendant qu’elle fait tout le reste ». Un besoin exprimé aussi par le Dr Simon qui toutefois met une condition à cette intégration de l’IA : « ma liberté doit être préservée, si je vais contre l’avis de l’IA, c’est ma responsabilité de médecin et je veux la conserver. »
Vers le médecin augmenté
Un autre enjeu de l’IA, souligné par le représentant de la DGOS, est l’usage qu’en fait le Grand public. Selon les chiffres d’Open Ai, près de 230 millions de personnes utiliseraient ChatGPT pour des questions de santé et de bien-être. D’où une désinformation grandissante qu’affronte tous les jours les médecins en cabinet. « Et cela prend du temps de détricoter ça » constate le Dr Fromentin. Au fond, les quatre médecins sont d’accord pour estimer que, comme pour le numérique en général, c’est l’adaptation aux besoins des professionnels et de la relation patient/soignant qui déterminera l’usage. Néanmoins avec l’IA, « nous sommes à l’aube de quelque chose de nouveau qui va faire de nous des médecins augmentés » conclut le Dr Simon.
Revoir tout l’atelier en replay ici.