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12.11.2025
Actualités

Psychiatrie : les professionnels organisent l’accès aux soins

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Grande cause nationale en 2025, la santé mentale le sera également en 2026 comme annoncé par le gouvernement le 27 novembre. Une prolongation bienvenue car si ce dispositif  a fait beaucoup pour la déstigmatisation de ce risque de santé et de la psychiatrie, cela ne résout pas tous les problèmes notamment d’accès aux soins. Les professionnels, aguerris par une situation depuis longtemps difficile, s’organisent.

Déclarée grande cause nationale, la santé mentale était la priorité du gouvernement en 2025. Et l’accès aux soins faisait partie des quatre « essentiels » avec la déstigmatisation, le développement de la prévention et du dépistage précoce et l’accompagnement des personnes. Sur la libération de la parole et l’ouverture des débats, cette grande cause nationale a porté ses fruits. Toutefois, à quelques semaines de 2026, les défis de la psychiatrie restent entiers : moyens insuffisants à l’hôpital, pénurie de soignants en pédo-psychiatrie, attractivité réduite de la spécialité, émergence de l’IA, problématique du soin sans consentement. Quant à l’état psychique de la population, il continue d’être dégradé. Un adulte sur six a vécu un épisode dépressif caractérisé sur les 12 derniers mois, d’après les chiffres publiés le 12 novembre par Santé Publique France. Et les jeunes sont les plus concernés : près de 30% des 11-24 ans sont à risque de présenter des troubles anxio-dépressifs, d’après le rapport d’information du Sénat paru le 25 juin dernier. 

Accès aux soins : les enfants et les territoires en difficultés

Avec 13609 psychiatres actifs dont un peu plus de 4600 en libéral, le nombre de praticiens est à peine suffisant pour répondre aux besoins de la population française. Dans le détail, à l’hôpital, 30% des postes en psychiatrie sont actuellement vacants entraînant des délais dans la prise en charge. La situation est particulièrement difficile pour les enfants et adolescents. Avec seulement 355 pédopsychiatres au 1er janvier 2025, on est loin des effectifs qu’il faudrait pour ouvrir les Maisons d’adolescents promises en début d’année par le gouvernement. La réalité est qu’aujourd’hui les jeunes patients doivent parfois attendre deux ans pour obtenir un rendez-vous et le délai moyen est de 6 mois, comme le soulignait la Cour des comptes dans son rapport sur le sujet. La situation est également préoccupante pour les milieux ruraux et, bien évidemment, dans les territoires géographiques moins bien dotés en professionnels de santé.

La créativité des professionnels en faveur de l’accès aux soins

C’est pourquoi les professionnels tentent de pallier le nombre insuffisant de praticiens. C’est le cas dans la région Auvergne Rhône Alpes où l’URPS a lancé l’expérimentation ÉcoGéPsy (Échange Confraternel entre Généralistes et Psychiatres). Elle permet à des médecins généralistes d’échanger avec un confrère psychiatre sur des cas complexes de patients atteints de troubles psychiques. L’échange simple a lieu par téléphone ou en visio. A une échelle plus restreinte, les psychiatres et les généralistes inventent des moyens de travailler ensemble. Comme le fait le Dr Daniel Batoula, récemment installé en Alsace. Profitant de la proximité avec un cabinet de médecins généralistes, il gère le suivi de certains patients avec les deux praticiennes. « On s’appelle ou on s’envoie des messages via Maiia Connect, pour adapter les thérapies ou pour qu’elles m’adressent des patients. Cela nous permet un meilleur suivi », constate le jeune psychiatre, ravi de pouvoir pratiquer en collégialité. Il utilise également, comme beaucoup de ces confrères, la téléconsultation que lui permet Maiia Médecin, « j’en fais car ça permet aux gens d’éviter un déplacement qui prendrait plus d’une heure ». Il s’est simplement fixé une règle – commune à la plupart des praticiens – toujours avoir un premier rendez-vous en présentiel. Mais il y tient : « je fais de la téléconsultation également (et surtout) pour les personnes ayant de très grosses difficultés à sortir de leur domicile car l’idée est que les personnes aient accès aux soins. Je les encourage néanmoins à venir tous les 5 à 7 rendez-vous ».

Un plan psychiatrie récemment adopté

On le voit les professionnels sont prêts à s’investir et utilisent le numérique pour gagner en temps consacré aux patients sans rien lâcher sur le suivi. Une mobilisation bienvenue et que l’on retrouve dans les grands axes du plan psychiatrie adopté par le gouvernement en juin dernier. Celui-ci préconise notamment le déploiement d’un service d’accès aux soins psychiatriques, la création d’équipes de soins dédiées, la mise en place d’infirmier référent dans les structures d’exercice coordonné et des actions auprès des médecins généralistes. Toutefois la mise en œuvre de ce plan prendra plusieurs années. De la même façon, les efforts faits pour déstigmatiser les sujets de santé mentale et le suivi médical, notamment via la récente campagne de Santé publique France, mettront du temps à porter leurs fruits. En attendant, les psychiatres continuent à œuvrer de leur côté pour organiser l’accès aux soins et redorer le blason de leur spécialité. C’est en partie l’objet du prochain Congrès de la Psychiatrie dont le thème « La Lumière » est un appel à mettre en valeur la richesse collective et pluridisciplinaire de cette profession de santé toujours trop méconnue.

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