Ce qu’il faut retenir :
- Pratiquer hors convention est légal : la loi autorise les kinés à proposer des actes non listés dans la NGAP, à condition de respecter leur champ de compétences et d’informer le patient
- Le champ des possibles est large : pilates, ostéopathie, réflexothérapie, accompagnement sportif, ateliers de prévention…
- Se lancer demande de bien préparer son offre, sa tarification, son organisation et sa communication patient
- Entre 20 et 30 % des kinésithérapeutes libéraux proposent déjà des actes hors nomenclature
- Ce webinaire apporte des clés concrètes et des retours d’expérience pour franchir le pas sereinement
Pilates thérapeutique, ostéopathie, réflexothérapie, accompagnement sportif… De plus en plus de kinésithérapeutes souhaitent élargir leur pratique au-delà des actes conventionnés — une voie légale et valorisante, à condition de maîtriser le cadre, les obligations et les bonnes pratiques. C’est précisément l’objet du webinaire organisé par Cegedim Santé et disponible en replay ci-dessous.
Au programme de ce webinaire
- Quels actes hors convention sont à votre portée
- Comment construire une offre cohérente et rentable
- Tarification, communication patient et organisation du cabinet
- Retours d’expérience de kinés ayant franchi le pas

Le hors convention kiné : de quoi parle-t-on exactement ?
Avant tout, un point de vocabulaire s’impose pour éviter toute confusion entre des notions souvent amalgamées à tort.
La NGAP : le cadre de référence de l’activité conventionnée
La Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) est le référentiel officiel qui encadre tous les actes de kinésithérapie remboursables par l’Assurance Maladie. Chaque acte y est identifié par une lettre-clé (AMK, AMS, ARL, DRA…) et un coefficient, dont la multiplication détermine le tarif pris en charge. Ce système garantit un accès aux soins équitable pour les patients mais contraint le professionnel à des tarifs fixés par voie conventionnelle — des tarifs qui peinent parfois à refléter la réalité du temps et des compétences investis.
Depuis le 1er janvier 2026, la nouvelle nomenclature issue de l’avenant 7 est d’ailleurs devenue obligatoire pour tous les kinésithérapeutes libéraux, avec 51 nouveaux actes, 20 nouvelles lettres-clés et les premières revalorisations significatives attendues de longue date (notamment l’AMS 7,5 passant à 8,1 depuis juillet 2025).
Dépassement d’honoraires vs. acte hors nomenclature : deux réalités distinctes
La confusion est fréquente. Clarifiée une bonne fois pour toutes :
- Le dépassement d’honoraires (DE) est une majoration exceptionnelle appliquée à un acte conventionné, autorisée dans des cas strictement définis. L’acte reste remboursable par la Sécurité sociale ; seul le surplus est à la charge du patient.
- L’acte hors nomenclature (HN) est une prestation qui ne figure tout simplement pas dans la NGAP. Elle n’est ni codifiée, ni remboursée, ni encadrée tarifairement. Le professionnel fixe librement son tarif, et le patient règle l’intégralité de la facture — qui peut, selon sa mutuelle, être partiellement remboursée.
C’est cette seconde catégorie qui ouvre le champ le plus large à la diversification professionnelle.
Ce que la loi autorise : le cadre légal en clair
Une idée reçue tenace : pratiquer hors convention serait risqué, voire interdit. C’est inexact. Les textes sont clairs.
L’article R4321-80 du Code de la santé publique autorise explicitement les masseurs-kinésithérapeutes à réaliser des actes hors nomenclature, à condition que :
- ces actes soient de leur compétence au sens du décret de compétences (article L4321-1 du CSP) ;
- ils soient fondés sur les données actuelles de la science ;
- le patient soit clairement informé de l’absence de remboursement par l’Assurance Maladie, idéalement par écrit (devis préalable).
Autrement dit : la légitimité de l’acte repose sur le respect de la déontologie, la transparence tarifaire et la cohérence avec le champ de compétences du masseur-kinésithérapeute.
Les obligations pratiques à ne pas négliger
- Devis écrit préalable pour tout acte non remboursé : il protège le professionnel autant que le patient.
- Note d’honoraires obligatoire à remettre à l’issue de chaque prestation (mention HN ou NR pour Non Remboursable).
- Affichage des tarifs : toute prestation librement tarifée doit être visible et lisible dans la salle d’attente ou le lieu d’exercice.
- Pratique « avec tact et mesure » : le code de déontologie interdit toute démarche commerciale trompeuse.
Quels actes peut-on proposer hors convention ?
Le champ des possibles est vaste, à condition de rester dans le périmètre de compétences du masseur-kinésithérapeute. Voici quelques exemples concrets et légaux :
Actes thérapeutiques non listés dans la NGAP
- Réflexothérapie, microkinésithérapie
- Rééducation posturale avancée
- Techniques de thérapie manuelle spécialisées (fasciathérapie, méthode Jones…)
- Accompagnement de la douleur chronique, prise en charge intégrative
Prestations de bien-être et prévention
- Cours collectifs de Pilates thérapeutique, yoga, renforcement musculaire
- Ateliers de prévention des chutes, éducation posturale en entreprise
- Programmes de récupération sportive
- Séances de relaxation, sophrologie corporelle
Offres packagées et forfaitisées
Plutôt qu’une approche séance par séance, de nombreux kinés construisent des forfaits (ex. : pack « Récupération et Performance » sur 6 séances pour sportifs, atelier bien-être en groupe sur 4 séances…) qui valorisent l’expertise, fidélisent la patientèle et simplifient la communication tarifaire.
À noter : certains actes restent soumis à prescription médicale même lorsqu’ils sont hors nomenclature, notamment les actes à visée thérapeutique. Les actes à visée non thérapeutique (bien-être, prévention) peuvent en revanche être proposés sans ordonnance.
Les bonnes pratiques pour lancer (ou développer) son activité hors convention
Se lancer dans le hors convention ne s’improvise pas. Voici les fondamentaux à maîtriser.
1. Analyser son positionnement et ses compétences
Avant de construire une offre, il s’agit de faire l’inventaire de ses expertises : quelles techniques avancées maîtrisez-vous ? Quels besoins spécifiques observez-vous chez vos patients actuels qui restent non couverts par les soins conventionnés ? Cette analyse de départ conditionne la cohérence et la crédibilité de votre offre.
2. Calculer des tarifs justes et viables
Fixer un tarif hors convention, c’est sortir de l’automatisme NGAP pour intégrer : le temps réel de la prestation, le niveau d’expertise, les frais de formation, les attentes du marché local et la valeur perçue par le patient. Un tarif sous-évalué nuit à la fois à votre rentabilité et à la perception de votre expertise.
3. Organiser son agenda avec rigueur
La cohabitation de deux types d’activité — conventionnée et hors convention — suppose une organisation rigoureuse du planning. Il est recommandé de réserver des créneaux dédiés aux soins hors convention pour les distinguer clairement des séances NGAP, notamment dans votre logiciel de gestion de cabinet.
4. Communiquer avec transparence et professionnalisme
L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a publié des recommandations précises sur la communication en ligne pour les professionnels. En résumé : oui à la présentation claire de vos services, non à toute démarche racolage ou promesse thérapeutique non étayée. Un site professionnel, une fiche Google ou une page dédiée suffisent à attirer les patients qui correspondent à votre offre.
5. Choisir des outils de gestion adaptés
Gérer simultanément la facturation NGAP et des prestations librement tarifées requiert un logiciel capable de créer des factures HN remises au patient (pour transmission à sa mutuelle le cas échéant), et un agenda permettant de distinguer les typologies de rendez-vous. C’est un critère de choix de solution qui mérite d’être pris au sérieux dès l’installation.
Retour d’expérience : des kinés qui ont fait le pas
Aujourd’hui, entre 20 et 30 % des kinésithérapeutes libéraux proposent déjà des actes hors nomenclature. Certains l’intègrent en complément discret de leur activité conventionnée (une séance spécifique HN toutes les 3 ou 4 semaines), d’autres choisissent une transition beaucoup plus significative allant, pour certains pionniers, jusqu’à 90 % d’activité déconventionnée.
Les motivations sont multiples : mieux valoriser des années de formation continue, proposer des soins plus approfondis que ce que les tarifs conventionnés permettent, retrouver une autonomie dans l’organisation du cabinet, prévenir le burn-out en recentrant l’activité sur des pratiques plus épanouissantes.
Le soin hors convention n’est ni un écart de conduite ni un eldorado sans règles. C’est un espace de liberté professionnelle, balisé par la loi, qui permet aux kinésithérapeutes d’exercer pleinement la richesse de leurs compétences, de mieux valoriser leur expertise et de construire un modèle d’activité plus pérenne et plus épanouissant.