Ce qu’il faut retenir :
- L’assistant médical va bien au-delà du rôle de secrétaire : administratif, pré-consultation, coordination des parcours de soins — c’est le médecin qui définit librement ses missions.
- Un levier concret pour augmenter sa patientèle et réduire sa charge mentale, sans allonger son amplitude horaire.
- Les MSP peuvent se constituer en groupement d’employeurs pour simplifier toute la gestion administrative du recrutement.
- L’embauche est financée en grande partie par l’Assurance Maladie : un contrat de 5 ans suffit pour bénéficier de l’aide.
Ce nouveau métier conçu pour améliorer l’accès aux soins et dégager du temps médical commence à peine à se développer. Pourtant, contrairement à bien d’autres dispositifs imaginés par les pouvoirs publics, il est assez simple à mettre en œuvre et rend le quotidien des médecins plus fluide voire plus tranquille. Retour sur les éléments à connaître et prendre en compte pour embaucher un assistant médical.
Selon l’Observatoire de l’accès aux soins, crée dans le cadre de la Convention médicale de 2024, 9304 contrats ont été signés entre Assurance maladie et médecins pour l’embauche d’un assistant médical. L’objectif des 10 000 assistants à fin 2025, prévu à la création de ce métier en 2019, n’a donc pas été atteint. Pour autant, ce chiffre progresse régulièrement et, surtout, a augmenté de 20% en un an. Est-ce le signe d’une évolution structurelle ? Difficile à déterminer. Selon une étude de la CNAM parue dans sa revue Points de Repères fin 2024, les signaux encourageants à la généralisation du dispositif semblent pourtant là. Les médecins accompagnés par un assistant médical étaient en capacité de réaliser 2 actes supplémentaires par jour et jusqu’à 4 consultations. Leur patientèle médecin traitant (FMT) progressait en moyenne de 19,5% et leur file active (FA) de 4,5%.
Un vrai atout pour le médecin généraliste
77% des médecins ayant embauché un assistant à fin 2024 sont des généralistes. Largement sollicités par les patients, en particulier en zone prioritaire, quels avantages trouvent-ils à cette pratique ?
La thèse de médecine[1] des Drs Benais et Pacaud apporte des éclairages intéressants sur ce point. Ils ont mené une étude auprès de 38 médecins généralistes et 37 assistants médicaux (AM) en région Pays de la Loire. Les résultats confirment les chiffres de la CNAM concernant l’augmentation du nombre de consultations et de patientèle. L’étude met surtout en avant l’amélioration des conditions de travail, faisant état d’une diminution des interruptions de tâche ainsi qu’une réduction des retards. Certains praticiens indiquaient même une baisse de charge mentale.
La clef ? Une délégation bien pensée
Si l’idée d’embaucher un assistant médical est séduisante, elle doit —pour être mise en œuvre de façon efficace— être précédée d’une réflexion sur son organisation. En effet, selon le texte législatif qui donne naissance à ce nouveau métier, le médecin peut confier à l’AM plusieurs types de tâches :
- La gestion de l’administratif : accueil du patient, suivi de son dossier, mise à jour et intégration des comptes-rendus, recueil et traitement des informations, facturation.
- La pré-consultation : prise des constantes, vérification des contrôles, dépistages et vaccins, aide au déshabillage ou à la réalisation d’actes techniques, accompagnement à la téléconsultation.
- La coordination : gestion des entrées/sorties d’hospitalisation, prises de rendez-vous chez les confrères médicaux ou paramédicaux, adressages, lien médico-social.
L’assistant médical se distingue ainsi de la secrétaire médicale par sa capacité à faire le lien entre l’administratif et le médical. C’est rassurant pour le patient, notamment âgé, qui apprécie de n’avoir pas avoir à gérer les rendez-vous par exemple.
C’est surtout un atout pour le médecin. En plus du gain de temps médical, il peut avoir accès plus directement aux données mais aussi aux informations comme l’état d’esprit ou les attentes du patient. Le travail avec l’AM permet d’élargir sa vision et de pouvoir adapter sa consultation voire son traitement en conséquence.
L’assistant peut ainsi devenir un allié de la pratique en permettant au médecin de se recentrer sur son cœur de métier et également d’avoir une vision plus globale du patient. Surtout, c’est le médecin qui décide de l’intégralité des missions qu’il confie à son assistant. Ce qui laisse une grande liberté d’organisation.
Bon à savoir : la formation est obligatoire pour devenir assistant médical
Professionnel de santé, secrétaire médical ou personne en reconversion : tout type de profil peut évoluer vers ce nouveau métier. Une formation obligatoire est toutefois nécessaire. D’un volume horaire de 279h (ramené à 98h pour le profil infirmier, puéricultrice, aide-soignant), elle doit être réalisée en alternance. Elle débouche sur la délivrance d’un certificat de qualification professionnelle (CQP). Ce certificat peut aussi être obtenu par la validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAE). Dans tous les cas, l’assistant doit avoir obtenu la qualification au plus tard la troisième année suivant son embauche pour que le médecin puisse continuer à percevoir les aides de l’assurance maladie.
Les plus : l’aide de la CNAM et les groupements d’employeurs
Le coût de l’embauche de l’assistant pourrait être un sujet de préoccupation pour le médecin. Cela ne l’est pas car une aide financière de l’assurance maladie est prévue.
Les deux premières années, elle est liée au temps de travail de l’assistant. A partir de la troisième année, elle est partiellement réévaluée en fonction de paramètres liés à la pratique : niveau de la PMT et de la FA, zone d’implantation, âge du praticien, etc.
Revalorisée de 5% lors de la signature de la convention médicale de 2024, l’aide financière est désormais comprise entre 22 000 € et 38 000 € annuel pour un assistant médical à temps plein. La totalité ou presque des frais engagés est ainsi couverte. Pour obtenir ce soutien financier, c’est très simple, il suffit de passer un contrat de 5 ans renouvelable avec l’assurance maladie.
Un autre frein à l’embauche est la gestion administrative : recrutement, contrat de travail, fiche de paye. Pour cela, il existe une solution efficace : le groupement d’employeurs. Présents dans la majorité des départements, ces groupements prennent en charge toute la gestion du salarié et les frais générés sont, le plus souvent, couverts par l’aide de la CNAM.
Bon à savoir : une maison de santé pluriprofessionnelle peut se constituer en groupement d’employeurs.
In fine, faire le choix d’un assistant médical, c’est organiser son temps de façon à préserver le colloque singulier avec le patient et améliorer l’accès aux soins sans pour autant augmenter son amplitude horaire. Le tout financé par l’assurance maladie : pourquoi se priver ?
[1] Arthur Benais, Jean-Brice Pacaud. État des lieux du métier d’assistant médical dans les cabinets de médecine générale : étude descriptive auprès des assistants médicaux et médecins généralistes de Loire-Atlantique et de Vendée. Médecine humaine et pathologie. 2025. ⟨dumas-05239299⟩
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05239299v1/file/benais_pacaudMED25.pdf