Ce qu’il faut retenir :
- Cancer, endométriose, IST, fertilité : les besoins en santé de la femme vont croissants
- Les gynécologues sont cependant de moins en moins nombreux
- Des outils existent pour pallier l’insuffisance de praticiens
- La reconnaissance du rôle de référent du gynécologue dans la santé des femmes est demandée par les professionnels
Alors que les femmes sont en demande d’un suivi adapté à leurs enjeux de santé reproductive et sexuelle, les effectifs de gynécologues continuent de décroître. Par conséquent, les praticiens s’efforcent de trouver des méthodes d’organisation et de prises en charges pour répondre aux besoins sans mettre en danger leur propre santé ou, plus simplement, leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Comme d’autres spécialités, la gynécologie doit faire face à deux évolutions. La première est la progression des connaissances qui permet désormais d’affiner les diagnostics tout en ayant une approche globale de la patiente dépassant le cadre classique. La seconde est justement le rôle actif de la patiente qui prend part aux choix thérapeutiques. Ces deux effets conjugués font de la gynécologie aussi bien médicale qu’obstétricale une spécialité désormais marquée par la complexité, comme le soulignaient justement le Pr Philippe Descamps et le Dr Brigitte Raccah-Tebeka dans leur compte-rendu du dernier Congrès du Conseil national des gynécologues et obstétriciens. Il est bien loin le temps où le gynécologue était associé aux seules grossesses. Désormais, son rôle couvre un large spectre alliant suivi, actions préventives et curatives. Rappelés dans la communication du syndicat des gynécologues et obstétriciens, les actes que réalise le praticien vont de la prescription de la contraception à l’échographie, en passant par le diagnostic des pathologies (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, infections sexuellement transmissibles, etc.) à leur traitement et suivi, ou encore à l’accompagnement à l’aide médicale à la procréation. Sans oublier les vaccinations et dépistages.
Une spécialité face à un paradoxe
75000 femmes sont atteintes d’un cancer gynécologique tous les ans dont plus de 3000 d’un cancer du col de l’utérus. 2 millions de femmes sont atteintes d’endométriose et le diagnostic prend encore 8 ans. Les infections sexuellement transmissibles explosent avec une augmentation de + 500% à fin 2025 pour la gonorrhée selon le bulletin épidémiologique de Santé Publique France. 17 millions de femmes sont en ménopause et la demande d’autoconservation ovocytaire s’accroit.
Face à cette complexification et cette augmentation des besoins, le nombre de praticiens est devenu insuffisant. L’alerte concernant les effectifs n’est pas récente, toutefois la situation actuelle est problématique. De 5770 en 2000, les gynécologues sont passés à 4360 en 2024 selon les chiffres de l’assurance maladie. L’Atlas démographique du Conseil de l’ordre le confirme ainsi que le classement aux ECN : la tendance à la baisse se poursuit. Et comme ces spécialistes s’installent, comme les autres médecins, au plus près des grands centres urbains, beaucoup de femmes risquent de ne pas avoir accès à un praticien.
Téléexpertise, coordination, agenda : faire face à la demande sans s’épuiser
Pour faire face aux besoins des femmes, les gynécologues n’ont donc d’autres choix que de tabler sur une organisation sans faille. D’autant que la situation pourrait s’aggraver. Plus de 37% des praticiens ont aujourd’hui plus de 60 ans et vont donc prendre rapidement leur retraite. Parmi les solutions pour préserver un nécessaire équilibre vie privée/vie professionnelle : une utilisation renforcée du numérique.
Grâce aux agendas en ligne qui permettent aux patientes de prendre rendez-vous sur un motif précis, le praticien peut organiser ses journées de façon optimale. Il suffit d’ouvrir certains créneaux aux primipares, et d’autres au suivi oncologique, de donner un accès privilégié aux jeunes patientes pour les inciter à consulter : en programmant son agenda, il est possible d’améliorer l’accessibilité et la qualité de la prise en charge.
Une autre solution est de pratiquer la téléexpertise. Ce dispositif permet de répondre aux demandes d’avis, notamment, des médecins généralistes via la solution numérique. Surtout, elle facilite la coordination avec l’ensemble des professionnels et établissements de santé, pour des suivis de grossesse pathologiques, la mise en œuvre de parcours de soins (oncologie, endométriose, AMP, etc.). En favorisant la collégialité et la fluidité des échanges, la téléexpertise et plus largement tous les outils numériques (téléconsultation, modules d’aides à la décision, IA) peuvent pallier en partie la pénurie de gynécologues. En attendant une reconnaissance, demandée par les représentants de la profession avec insistance aux pouvoirs publics, du rôle essentiel de ce praticien dans la santé de 35 millions de femmes, une reconnaissance qui devrait rendre de nouveau attractive cette spécialité.
