Ce qu’il faut retenir :
- Un soignant sur deux a déjà subi un épuisement professionnel et un étudiant en santé sur deux présente des symptômes anxieux.
- Les enquêtes se suivent et révèlent un état de santé plutôt plus dégradé que celui des Français.
- Les ordres ont pris la mesure de l’enjeu et multiplient les initiatives.
- Sur le terrain aussi, les soignants s’organisent pour mieux prendre soin des équipes.
- Le plan santé du gouvernement a vocation à s’inspirer de ces actions au plus près des professionnels de santé.
Le Plan Santé des professionnels de santé, publié au printemps, met une fois de plus en avant un état des lieux alarmant : ceux qui soignent ne vont pas forcément très bien. Un constat confirmé régulièrement depuis de longues années et face auquel les soignants s’organisent. Initiatives des ordres, actions locales : tout est bon pour que les professionnels de santé aillent mieux. Panorama non exhaustif.
Plus d’un soignant sur deux a déjà expérimenté un épisode d’épuisement professionnel contre 37% de l’ensemble de la population active. Ce seul chiffre révèle une vérité longtemps occultée : les soignants ne sont pas en bonne santé. Pour le confirmer, une grande enquête a été réalisée en 2023 par Alexis Bataille-Hembert, infirmier, Marine Crest-Guilluy, médecin généraliste et Philippe Denormandie, chirurgien neuro-orthopédiste. Menée auprès de 50 000 personnes, elle a montré l’ampleur du phénomène : 60% des professionnels de santé interrogés souffrent de douleurs chroniques, 49% admettent avoir une consommation régulière d’alcool et 34% de médicaments. Une étude plus récente de l’institut santé des professionnels de santé (SPS) montre que la vulnérabilité des soignants s’accentue, en particulier depuis la pandémie de Covid. Deux résultats sont particulièrement préoccupants : les femmes et les jeunes sont les plus susceptibles d’appeler le service d’écoute pour des situations de burn-out ou d’addictions accompagnées de pulsions suicidaires. Cette évolution négative, si elle se poursuivait, serait une mauvaise nouvelle pour le système de santé dans son ensemble et dramatique pour les professionnels de santé.
Un sujet pris en charge par les ordres
Face à l’enjeu, les ordres n’ont pas attendus et mènent à leur échelle des études sur l’état de santé des soignants. Après une première enquête en 2018, l’ordre des masseurs kinésithérapeutes a réalisé une nouvelle enquête en 2025. Ses résultats, publiés en juillet, mettent en avant une dégradation des différents marqueurs de la bonne santé. Ils ont poussé l’ordre à rappeler les dispositifs déjà crées : ligne d’écoute, dispositif d’entraide et outil d’évaluation.
De son côté, l’Ordre des infirmiers, a établi, suite à ses propres enquêtes dont celle de 2021, une série de recommandations pour prévenir les risques psychiques. Recommandations qu’il destine autant aux soignants qu’au gouvernement.
Car le sujet de la santé mentale, central dans la population, est également très prégnant chez les professionnels de santé. D’ailleurs l’ordre des médecins s’est également attelé à cette question et vient de créer un observatoire de la santé mentale des médecins.
Et une multitude d’actions de proximité
La prise de conscience est bien réelle sur le terrain où les initiatives fleurissent sans attendre un go gouvernemental.
C’est le cas de la CPTS de l’Adour qui a mis en place un programme de prévention primaire, secondaire et même tertiaire avec accès à deux plateformes d’écoutes et des consultations spécialisées pour soutenir les professionnels en souffrance. A Toulouse, l’association Mots a mis en œuvre un programme comparable et a donné l’impulsion pour la création, dès 2015, d’un Diplôme Inter-Universitaire avec un partenariat entre les Facultés de Médecine Paris Diderot et Toulouse.
Les étudiants sont aussi au cœur du sujet. Une urgence puisque plus de la moitié d’entre eux présentent des symptômes anxieux. Aussi, la CPAM de la Manche, en s’appuyant sur l’expérience des élèves en santé a développé le programme « Pose ta blouse ». Il est aujourd’hui diffusé sur toute la région Normandie, grâce à l’appui de l’Union Régionale Médecins Libéraux.
Toutes ces initiatives vont dans le bon sens et apportent la preuve que la santé des soignants, les soignants eux-mêmes ont décidé de s’en occuper.
Un plan santé des soignants encore en construction
La grande enquête de 2023 était complétée de 17 recommandations pour revoir entièrement le rapport des soignants à leur propre santé. Prenant appui sur cette étude, le gouvernement a lancé en mai 2026 un plan Santé des Professionnels de Santé. Il prévoit un certain nombre d’actions souvent moins ambitieuses que celle du rapport.
A titre d’exemple, là où le document de 2023 engageait à créer une spécialité d’exercice professionnel traitant de la « Santé des Professionnels de Santé, le plan prévoit un simple module dans les formations.
De même, en matière de prévention, le rapport insistait sur la santé des femmes et le travail de nuit. Seul ce dernier apparaît dans la copie du gouvernement, et encore sous l’angle de pauses et d’accès privilégié à certains services administratifs.
Le plan Santé est également peu prolixe sur les questions organisationnelles qui semblent pourtant être au cœur des problématiques de santé.
Surtout, ce plan charge un comité de pilotage d’aller plus loin. Celui-ci, placé sous la responsabilité de Philippe Denormandie et Nicolas Delmas, a notamment pour objectif de s’appuyer sur les initiatives du terrain pour qu’enfin les soignants sont en meilleure santé.
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